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De l'eau dans la vapeur

Publié le par Lettres à l'amer

Deux mains se tendent l'une vers l'autre, s'effleurent à peine, et nous voilà déjà deux, seuls en piste. Tu es là, pétillante, ton être si près du mien, dont je ne sais que faire. Je porte craintes et envie autour du cou, étaux d'une douce appréhension, celle qui sait déjà que tout ira bien.

Je resserre mon étreinte sur toi qui es si souple et assurée, acérée, une créature fougueuse qui sait sa poésie comme son danger. La gêne forme une épaisse fumée ; je connais cette tête qui hoche et le balancement de ce corps fin, mais dans la fraicheur de ce soir je te découvre toute autre, comme pour la première fois.

Un pauvre tour, premier pas timide des amants inexpérimentés. Déjà autour, le monde s'efface. Un encouragement flotte jusqu'à nous, et surtout jusqu'à moi, car tu vibres d'impatience, tu m'entraines, confiante, dans cette danse où tu es reine. Le souffle de ta voix nous entoure et me caresse ; un voile de feu est jeté.

Un lien frais et brûlant se tisse pas à pas, vacillant et déjà si chaleureux. On ose à la fois tout et si peu. Au creux de cette bulle enflammée mon univers se vaporise, s'élève, se condense et retourne à l'onde, dans un cycle délicieusement infernal.

L'instant meurt comme toujours, mais demeure tout le jour. Pour l'heure je retourne à mes songes, mais j'affirme sans mensonge que j'attends notre prochaine rencontre, peurs défaites et peau cachée.

Publié dans En ébullition

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Ferrer le poisson

Publié le par Lettres à l'amer

D'autres disaient que tu faisais bassement la cour à un oiseau de malheur. Clouée au sol, j'ai pris les transports en commun. Le hasard est mécanique sur ce chemin de fer, il est en route, il file droit sans nous prêter réellement attention. Les portes s'ouvrent sans s'inquiéter de ce qui pourrait se jouer sous leurs yeux vides.

Une curieuse créature partage cet aquarium à vapeur. L'instant où la sirène hurle, j'ignore tout de la façon dont on va s'en sortir sans eau, je crains même le prédateur potentiel. Pourtant, quand je regarde dans la vitre, je vois dans le reflet cet inconnu scrutateur. Découverte surprenante ; je gratte encore le verre pour démonter ce tour.

De la méfiance aux regards complices, il n'aura fallu que quelques kilomètres. Pourtant dans tout cet air, je suffoque. Tu me gonfles, jusqu'à ce que j'éclate. Tu me fous en l'air, alors je saute presque en marche pour rejoindre mon verre d'eau, frontière rassurante.

J'ai fait le tour de la question et de mon bocal. Et me revoilà sur ta ligne, fraiche et neuve. J'ai une bouteille pour le chemin, et je m'habitue au vacarme et à la vitesse de ta route. Un pont sur l'eau : voie ferrée, voie maritime ; finalement tout s'accorde, l'inconnu est devenu une indispensable présence, et la route s'offre sans trop hésiter.

Et si le train s'arrête, nous profiterons d'un plongeon monumental et inexorable, ailés sans savoir voler. Tout baigne.

Publié dans Portraits liquides

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En brouille

Publié le par Lettres à l'amer

Sous moi, il y a l'eau noire. Au dessus, un bête bouchon de liège. Autour, ces jolies parois de verre, et puis au delà, la brume. Je fixe bêtement le brouillard environnant, et je ne peux qu'en conclure que le monde n'existe plus.

On m'a toujours dit que j'avais la tête dans les nuages, mais c'est en cessant de rêver que c'est arrivé. Passer d'un matelas vaporeux à un autre m'embrouille ; je ne sais même pas si je suis tombée de haut. Je n'ai pas toutes les cartes en main pour planifier le ciel.

L'horizon a disparu au profit d'un immense espace blanc. Un espace vierge. Je devrais me saisir d'un crayon pour dessiner un monde neuf, remplir cette toile vide, mais j'ai peur de la gâcher. Les possibilités sont innombrables, elles envahissent mon espace : je me noie dans un verre d'eau, celui là même que j'avais choisi pour bateau de sauvetage.

Pour dégager la vue, je dois suspendre mes doutes. Au moins, la logique ironique du monde n'a pas foutu le camp avec lui (peut être que tout n'est pas si perdu que ça). Il ne me reste plus qu'à prendre mon courage et mes rames à deux mains, pour me battre contre cet ennemi immobile et intangible - drôlement dur.

Publié dans En ébullition

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Fantôme de paupières

Publié le par Lettres à l'amer

Je ferme mes yeux, et je vois les tiens. L'image est imprimée bien nette derrière mes paupières. Mes bras sont persuadés que tu y es encore, drôle d'oiseau perché.

A l'aise, tu fais ton nid. Plantée là, comme un étendard en territoire conquis, une douce odeur de tabac que je n'ai jamais invitée. Entre les draps, le parfum est plus riche : fruité et opulent.

Je me souviens ce jour où tu jonglais avec mes mots, agile et souple. Tu les attrapais avec précision, les faisais tournoyer, et puis tu me les relançais. Expérience habile, surprenante, enrichissante. Un simple jeu pour s'apprivoiser, même si j'ai peur d'y laisser des plumes.

Dans mon écrin de verre, je succomberais au murmure d'une simple brise. Quand elle souffle, je frissonne, et j'oublie l'eau dehors. De toute façon, j'ai fondu, comme les glaces du pôle Nord, mais si tu veux, j'ai encore de la place pour toi.

Doux spectre qui surprend mon regard. Tu hantes cette alcôve que je m'étonne de construire, un petit coin tendre et clair où la vérité ne blesse plus. La lueur d'un jour neuf réchauffe l'endroit sans t'éveiller ; ce n'est rien, tu es ici chez toi, et je peux bien t'attendre quelques heures.

Publié dans Portraits liquides

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(Entrée) Terre-mer à boire

Publié le par Lettres à l'amer

Il fallait bien commencer quelque part, alors j'ai choisi ce début ci. Un choix arbitraire. L'un comme l'autre sont abruptes et soudains, un peu comme le bord d'une falaise. La chute pourrait bien être longue, mais le plus ennuyeux dans cette histoire, c'est encore de remettre les pieds sur Terre.

Les mots s'alignent sans fin et sans but, ce qui est globalement la même chose, à bien y regarder. Ils s'alignent, c'est tout. Je froisse une feuille, et je la presse si fort que j'en tire de l'essence de papier et des larmes d'encre. Drôle de boisson que voilà.

Elle a roulé un moment avec sa bulle en verre. C'est un spectacle étrange que de voir ce récipient rebondir sur des bosses, peiner dans la boue ou crisser contre le gravier. Et surtout, suivre tous ces tours vous file un sacré mal de mer. Les gens qui sont loin de chez eux ont le mal du pays ; une bête association d'idées m'a amené à penser qu'il était peut être temps de me jeter à l'eau. A défaut de posséder des branchies, je peux toujours me débarrasser de l'objet qui m'encombre, comme d'autres de mon espèce avant moi.

Elle n'est destinée à personne en particulier. C'est une bouteille à l'amer dont l'étiquette dit "Buvez moi". Peut être qu'il faudrait y apporter plus de précision. Et bien soit, je peux tenter de rédiger la notice qui devrait accompagner ce flacon, et puis le remplir, en passant. A cette heure je me demande si ça prendra du temps, et s'il faudra encore faire beaucoup d'essai pour savoir si cette substance est ne serait-ce que potable, sinon bénéfique.

L'avenir le dira peut être, s'il en a le temps. Ou qu'il le prend.

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