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En brouille

Publié le par Lettres à l'amer

Sous moi, il y a l'eau noire. Au dessus, un bête bouchon de liège. Autour, ces jolies parois de verre, et puis au delà, la brume. Je fixe bêtement le brouillard environnant, et je ne peux qu'en conclure que le monde n'existe plus.

On m'a toujours dit que j'avais la tête dans les nuages, mais c'est en cessant de rêver que c'est arrivé. Passer d'un matelas vaporeux à un autre m'embrouille ; je ne sais même pas si je suis tombée de haut. Je n'ai pas toutes les cartes en main pour planifier le ciel.

L'horizon a disparu au profit d'un immense espace blanc. Un espace vierge. Je devrais me saisir d'un crayon pour dessiner un monde neuf, remplir cette toile vide, mais j'ai peur de la gâcher. Les possibilités sont innombrables, elles envahissent mon espace : je me noie dans un verre d'eau, celui là même que j'avais choisi pour bateau de sauvetage.

Pour dégager la vue, je dois suspendre mes doutes. Au moins, la logique ironique du monde n'a pas foutu le camp avec lui (peut être que tout n'est pas si perdu que ça). Il ne me reste plus qu'à prendre mon courage et mes rames à deux mains, pour me battre contre cet ennemi immobile et intangible - drôlement dur.

Publié dans En ébullition

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Fantôme de paupières

Publié le par Lettres à l'amer

Je ferme mes yeux, et je vois les tiens. L'image est imprimée bien nette derrière mes paupières. Mes bras sont persuadés que tu y es encore, drôle d'oiseau perché.

A l'aise, tu fais ton nid. Plantée là, comme un étendard en territoire conquis, une douce odeur de tabac que je n'ai jamais invitée. Entre les draps, le parfum est plus riche : fruité et opulent.

Je me souviens ce jour où tu jonglais avec mes mots, agile et souple. Tu les attrapais avec précision, les faisais tournoyer, et puis tu me les relançais. Expérience habile, surprenante, enrichissante. Un simple jeu pour s'apprivoiser, même si j'ai peur d'y laisser des plumes.

Dans mon écrin de verre, je succomberais au murmure d'une simple brise. Quand elle souffle, je frissonne, et j'oublie l'eau dehors. De toute façon, j'ai fondu, comme les glaces du pôle Nord, mais si tu veux, j'ai encore de la place pour toi.

Doux spectre qui surprend mon regard. Tu hantes cette alcôve que je m'étonne de construire, un petit coin tendre et clair où la vérité ne blesse plus. La lueur d'un jour neuf réchauffe l'endroit sans t'éveiller ; ce n'est rien, tu es ici chez toi, et je peux bien t'attendre quelques heures.

Publié dans Portraits liquides

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