Lit, thé, ratures

Publié le par Lettres à l'amer

Cloué'e au lit, je ne suis le sauveur ni de moi, ni de personne. Abîmé'e au fond des draps, je contemple la marée montante des contres à dictions, peuple bavard et bruyant qui peuple mon esprit. Leurs voix montent et se mélangent, m'assourdissent et m'accuse.

Je suis très entouré'e et infiniment seul'e, j'ai besoin d'aide et de toujours plus d'excuses pour la refuser, je détourne l'attention et je prie pour qu'on me remarque, mais je suis loin, très loin, perdu'e quelque part dans ce trou sombre, ce terrier au fond de moi, devenu froid avec le nombre des années. Je suis hostile à moi m'aime. Je ne sais ni écrire, ni parler, je ne sais que conter des histoires sur cet être qui se présente comme moi et qui n'est rien, juste une ombre projetée, car moi pourri dans le noir.

Un temps tu sais j'ai cru que je savais le chemin pour quitter cet endroit quand il était pire que le dehors. Mais les cerveaux humains oublient, inévitablement. Je reste là avec cette peine perdue et retrouvée.

Je fais des efforts immenses et imperceptibles pour être un peu plus ce dont tu as besoin sans que tu saches que je me trahi à chaque instant. Consciencieusement, je plante des milliers d'aiguilles dans ma chaire vive, mais la vie qui jaillit de mon petit jardinage me quitte goutte à goutte.

Vider des bouteilles pour les jeter à la mer ? Ca n'est mon genre qu'en image, mon corps refuse de bouger ou de s'accrocher à l'espoir du rivage. J'ai la tête vide et saturée de pensées, de cris, de souffles, comment aurais je la force de me battre pour un rêve impalpable ? J'ai écrit trop d'appels à l'aide jamais captés, jamais lancés.

Je hurle et personne n'entendra, depuis mon bocal sous vide où je n'attends plus que la date de péremption.

Publié dans En ébullition

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