Bleu de trypan

Publié le par Lettres à l'amer

C'est d'abord un regard. Pas à pas, il imprime sa couleur dans mes cellules. Je peins ma période bleue dans une cage éblouissante. Seulement deux billes pour anéantir toute tentative de fuite ; c'est un jeu d'enfant. Sous le joug d'une étoile froide et d'une autre morte, je peine à me réchauffer.

Ensuite une bouche, fine, délicieuse, mais empoisonnée. La douceur de ses baisers n'a d'égale que l'ampleur de ses mensonges. Elle sert une boisson corrompue que j'ai savouré jusqu'à l’écœurement. Des reflux acides désagrègent ma confiance.

Puis, des mains qui changent les caresses en torture. Des bras qui enserrent, des armes si chaleureuses, où je m'accroche jusqu'à l'enfer. J'attends le temps de m'en défaire. Étreinte lacérante pour douleur lancinante, comme ces chansons que nous échangions.

Des traits angéliques et fragiles pour dissimuler ce vecteur de mort. C'est la brindille si sèche qu'elle peut incendier la forêt. Une pensée parasite qui me ronge, que je dois faire un lointain songe. La peur renait sans cesse de ses cendres, un petit tas de pensées grises qui irritent mes sens.

L'amour s'est mu en fardeau puis en blessure, et pourtant je respire encore. Je tuerais cette bête tapie dans mes souvenirs à coup de dents à la face du monde.

Publié dans Portraits liquides

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