Cocotte minute

Publié le par Lettres à l'amer

Je ne peux rien partager sans que vos esgourdes sifflent. Vous bouchez vos oreilles et l'impact de ma voix, qui me revient en pleine poitrine. C'est chaque fois le même coup dur qui me renvoie dans ma coquille ; une paroi de métal, que j'aime, et que vous me reprochez sans me donner l'envie de m'en passer.

Un flot de peine noie mon cœur quand vous me poussez dans cette boite en ignorant son nom. Elle est le berceau de mes pensées, le lit d'un bouillon qui ne demande qu'à être goûté. Pourtant j'ai verrouillé le couvercle depuis longtemps, car vous renâclez à l'odeur sans me laisser annoncer la couleur.

La pression monte à chaque tentative pour quitter mon cocon de fer, tour à tour refuge et prison. Cette sensation d'étrangeté m'ébouillante. Dans ma cocotte minute j'ai l'impression d'être en orbite autour d'une planète étrangère. Pur produit de la terre dans une station spatiale, une expérience sur la soupe où je baigne.

Il faudra que je m’ouvre dans une cuisine ouverte ou éclater, vous éclabousser d'une incompréhension nouvelle : ces ingrédients étaient si bien cachés. Vous serez surpris de tout ce que vous avez refusé de rencontrer dans ce potage. La tempête fait rage par instant, si proche mais tenue si loin, cognant sans bruit contre les bords froids et brûlants.

Publié dans Dans le bain

Commenter cet article