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Lit, thé, ratures

Publié le par Lettres à l'amer

Cloué'e au lit, je ne suis le sauveur ni de moi, ni de personne. Abîmé'e au fond des draps, je contemple la marée montante des contres à dictions, peuple bavard et bruyant qui peuple mon esprit. Leurs voix montent et se mélangent, m'assourdissent et m'accuse.

Je suis très entouré'e et infiniment seul'e, j'ai besoin d'aide et de toujours plus d'excuses pour la refuser, je détourne l'attention et je prie pour qu'on me remarque, mais je suis loin, très loin, perdu'e quelque part dans ce trou sombre, ce terrier au fond de moi, devenu froid avec le nombre des années. Je suis hostile à moi m'aime. Je ne sais ni écrire, ni parler, je ne sais que conter des histoires sur cet être qui se présente comme moi et qui n'est rien, juste une ombre projetée, car moi pourri dans le noir.

Un temps tu sais j'ai cru que je savais le chemin pour quitter cet endroit quand il était pire que le dehors. Mais les cerveaux humains oublient, inévitablement. Je reste là avec cette peine perdue et retrouvée.

Je fais des efforts immenses et imperceptibles pour être un peu plus ce dont tu as besoin sans que tu saches que je me trahi à chaque instant. Consciencieusement, je plante des milliers d'aiguilles dans ma chaire vive, mais la vie qui jaillit de mon petit jardinage me quitte goutte à goutte.

Vider des bouteilles pour les jeter à la mer ? Ca n'est mon genre qu'en image, mon corps refuse de bouger ou de s'accrocher à l'espoir du rivage. J'ai la tête vide et saturée de pensées, de cris, de souffles, comment aurais je la force de me battre pour un rêve impalpable ? J'ai écrit trop d'appels à l'aide jamais captés, jamais lancés.

Je hurle et personne n'entendra, depuis mon bocal sous vide où je n'attends plus que la date de péremption.

Publié dans En ébullition

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Un non joyeux anniversaire

Publié le par Lettres à l'amer

Un non-joyeux anniversaire. A qui ? A moi. Ah bon ?

Un non-joyeux anniversaire.

C'est le jour de la piqûre de rappel, j'ai eu trop mal pour chanter. Ma chair brûle dans l'air d'un printemps mourant. Le gâteau est tristement amer, noyé de cire. A me noyer dans trop de pensées je ne sais plus rimer. Où m'arrimer pour respirer ?

Quand on se débat on s'étouffe. J'abandonne et soudain je me souviens : je flotte. Je me fous à l'eau, la tête plombée.

Soufflez bien fort sur la bougie et le vœux s'accomplit. Celui du silence, en tout cas.

Un joyeux non-anniversaire. A moi !

Publié dans En ébullition

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Danser sur les mines

Publié le par Lettres à l'amer

Rien de tout ça n'est sérieux, puisque nous jouons nos vies. Nous nous laissons aller au hasard des démolitions. As-t-on besoin de jambes pour danser quand on a passé tant de temps à se voler dans les plumes ?

On se défi du regard, à l'aube d'un nouveau combat. On se cherche pour toujours mieux se trouver. Nos envies nous éclatent. Nos calmes préparent la guerre ; je la déclare sans queue ni tête. Nous nous faisons forgerons, saisissant l'amour pour croiser le faire.

Soit sérieux un instant, ne fait pas l'adulte ! Bat toi comme un enfant ; y'a que dans ces yeux là qu'on se voit bien. Je n'ai rien d'autre pour extraire ta mine des mauvais jours que mes mots menus. Et une sauce salsa pour tout relier.

Vient près de moi sauter dans les flaques. Dans notre abris nucléaire on a ruiné les murs parce qu'on voulait être sans limite. On peut savourer cette spontanéité qui nous fait valdinguer en tout sens. Prend le temps de souffler, je vais tout brouiller pour qu'on ai la paix.

Nous on sait s'envoyer en l'air, c'est en oubliant les contacts. Comme des gamins, on a nos batailles imaginaires. Trancher dans le vif de l'instant même, détourner une phrase, tirer. On finit toujours par se toucher.

C'est sans fin, je ne sais même pas où te ranger.

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Vibration

Publié le par Lettres à l'amer

Il est fin comme ses traits. Le monde qui l'habite est une vaste étendue insaisissable. Tout le traverse, la porte est ouverte ; dans ce flot il pêche l'idée à la ligne, qu'il dissèque, consigne. Toujours ailleurs, on ne peut l'accaparer.

En lui pousse une forêt, dans un bruit assourdissant ; son iris la laisse apparaître sans qu'on puisse en saisir l'immensité. Écouter ne suffit pas à entendre les échos de cet arborescent chaos. En proie aux mystérieux prédateurs de cet écosystème, il fuit et s'y perd lui même.

A chaque pas, il grelotte, et dedans retentit tout autant, grave et caché comme l'est le son de son chant. Tendu, seul au milieu des autres, il détonne en silence. Le monde qu'il habite est agité et vacillant.

Il a l'oreille dans un autre univers, mais sait recueillir en son creux les éclats d'autres coeurs. Il a l'inflexion délicate d'une corde sensible quand on l'effleure, par hasard ou par chance ; il se répand alors en une mélodie douce et riche, qui fond en un liquide précieux.

Publié dans Portraits liquides

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Ni l'ami, ni l'exclu

Publié le par Lettres à l'amer

Sable, tu te sens sur la rive, repoussé, spectateur du flot d'une rivière qui chemine. Pourtant je t'entraine de rivage en virage, au coeur de l'action. Je te charrie sur des kilomètres, tu finis par en détester le voyage.

Sable, dans le fond, mes idées vagues s'impriment en toi : parfois, ça les rend lisible.

Sable, tu t'infiltres partout sans espoir de repos. Tu me démanges ; je me tortille, ça te torture, et nos torts nous tuent, défont la douce alliance de l'onde et du limon. Tu es le grain qui pousse mais ne peut pas fleurir. Je t'irrigue, tu m'irrites, on s'éreinte, puis on s'étreint sans contraintes, fluides au fil de l'eau.

Sable, tu es si léger, le vent te balaye. Innombrable, impossible de s'en défaire, tu es toujours là quelque part, au bord de mon esprit ; viens y boire jusqu'à être saoulé, approche toi, qu'on s'oublie, qu'on s'abîme, qu'on sème le trouble à défaut d'un champ. A la cime d'une forêt, les possibles s'étendent loin du regard de ceux qui fixent leurs lacets.

Sable, je vais à la mer, je t'emmène à la plage : on y fera des châteaux éphémères et on vivra dedans. On se meut, on s'émeut. Je ne tiens pas en place et je ne te la laisse pas. Le temps a blessé la roche pour que tu viennes avec moi : accroche toi, il y a des remous et ça va tanguer, tandis que valsent mes certitudes.

Sable, au soleil tu te mets à mordre et je calme tes ardeurs. Quand vient la tempête, tu essuies ma colère. L'orage gronde sur nos têtes et s'épanche sur nos corps, son spectacle nous absorbe et nous recueillons ses larmes.

Sable, quand m'as-tu laissé t'éroder ?

Publié dans Voie maritime

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En bulle

Publié le par Lettres à l'amer

Larguez les amarres ! Tu es bienvenue sur ce bateau de verre. Un espace heureux où tout est encore possibles. J'ai si peur que notre bulle et nos sanglots éclatent. Si pour chérir sa main il se coupe un pied, ne marche-t-on pas sur la tête ? Si soudain l'amour cesse de croître en tout sens et s'automutile, nous sommes trois à couler.

Je ne veux de vagues gelées pour personne. Mais si le couperet tombe, les barrières s'élèveront. Me filtrer n'est iel pas vain ? L'eau se mélange toujours à l'eau, et se propage l'amer des larmes.

Tristesses et colères grondent. Je défends des cloisons transparentes et impalpables que tu veux tangibles et fragiles tout en rêvant d'un rempart. J'aime la beauté simple de ce temple sans murs ; il est la maison de qui ne veut plus craindre les courants d'air.

Iceberg, tu te dresses, parfait inconnu de glace. Je ne veux ni te heurter ni t'ignorer, car déjà ta présence a son impact. J'aimerais voguer sur une mer sans tempête, te connaître sans te cramponner. Je viens en paix, sans pique ni chaleur à l'excès.

Nos chemins se croisent et ma route est libre.

Publié dans Voie maritime

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Bleu de trypan

Publié le par Lettres à l'amer

C'est d'abord un regard. Pas à pas, il imprime sa couleur dans mes cellules. Je peins ma période bleue dans une cage éblouissante. Seulement deux billes pour anéantir toute tentative de fuite ; c'est un jeu d'enfant. Sous le joug d'une étoile froide et d'une autre morte, je peine à me réchauffer.

Ensuite une bouche, fine, délicieuse, mais empoisonnée. La douceur de ses baisers n'a d'égale que l'ampleur de ses mensonges. Elle sert une boisson corrompue que j'ai savouré jusqu'à l’écœurement. Des reflux acides désagrègent ma confiance.

Puis, des mains qui changent les caresses en torture. Des bras qui enserrent, des armes si chaleureuses, où je m'accroche jusqu'à l'enfer. J'attends le temps de m'en défaire. Étreinte lacérante pour douleur lancinante, comme ces chansons que nous échangions.

Des traits angéliques et fragiles pour dissimuler ce vecteur de mort. C'est la brindille si sèche qu'elle peut incendier la forêt. Une pensée parasite qui me ronge, que je dois faire un lointain songe. La peur renait sans cesse de ses cendres, un petit tas de pensées grises qui irritent mes sens.

L'amour s'est mu en fardeau puis en blessure, et pourtant je respire encore. Je tuerais cette bête tapie dans mes souvenirs à coup de dents à la face du monde.

Publié dans Portraits liquides

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Cocotte minute

Publié le par Lettres à l'amer

Je ne peux rien partager sans que vos esgourdes sifflent. Vous bouchez vos oreilles et l'impact de ma voix, qui me revient en pleine poitrine. C'est chaque fois le même coup dur qui me renvoie dans ma coquille ; une paroi de métal, que j'aime, et que vous me reprochez sans me donner l'envie de m'en passer.

Un flot de peine noie mon cœur quand vous me poussez dans cette boite en ignorant son nom. Elle est le berceau de mes pensées, le lit d'un bouillon qui ne demande qu'à être goûté. Pourtant j'ai verrouillé le couvercle depuis longtemps, car vous renâclez à l'odeur sans me laisser annoncer la couleur.

La pression monte à chaque tentative pour quitter mon cocon de fer, tour à tour refuge et prison. Cette sensation d'étrangeté m'ébouillante. Dans ma cocotte minute j'ai l'impression d'être en orbite autour d'une planète étrangère. Pur produit de la terre dans une station spatiale, une expérience sur la soupe où je baigne.

Il faudra que je m’ouvre dans une cuisine ouverte ou éclater, vous éclabousser d'une incompréhension nouvelle : ces ingrédients étaient si bien cachés. Vous serez surpris de tout ce que vous avez refusé de rencontrer dans ce potage. La tempête fait rage par instant, si proche mais tenue si loin, cognant sans bruit contre les bords froids et brûlants.

Publié dans Dans le bain

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Nation trépas

Publié le par Lettres à l'amer

Faut-il percer des crânes pour ouvrir les esprits ? Une fracture ouverte pour que vos pauvres cervelles moroses goûtent à l'air libre. Ces entraves déchainent ma frustration. Je pète les plombs au lieu de vous les mettre dans la tête. Leur poids dans mon moral m'entraine vers le fond.

Je plonge dans un océan de solitude plutôt que de danser dans ce que vous prenez pour un feu de joie. Je veux éteindre ces flammes qui brûlent mes entrailles et le monde autour de moi. Elles lèchent vos visages, crépitent, claquent comme vos langues acérées, acerbes. Vos paroles mordent la chair et déchirent les vies avant même qu'elles commencent, vous perpé-tuez une dictature qui vous enserre.

La langue bien pendue pour ces humains qu'on exclut. Je veux la tirer pour décrocher ces kilos de peines qu'elle crache. Vos baisers ont un goût amer, à me donner le mal de la mer. Le sang coule rouge et je m'embourbe dans cette marée de pensées noires.

Du fond des abysses et de mes pensées, je souffle une nuée de bulles. J'aimerais qu'elles éclatent à la surface pour faire sauter les liens qui nous empêchent d'être, libres et heureux. Mais d'ici je ne peux voir qu'un vague remous. On ne peut ni me voir, ni m'entendre, quand bien même je flotterais à la surface, petit être solitaire dans une bouteille en verre.

Publié dans Dans le bain

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Un verre de folie douce

Publié le par Lettres à l'amer

Le portrait est achevé, le monde entier pourra bientôt distinguer ce que je vois de tes traits. Ce sont de beaux traits, mais j'ai bien peur que personne ne saisisse bien à quel point ils sont importants. Pour mon regard avisé, tes couleurs vibrent ; un plaisir pour mon coeur. J'aimerais les saisir ici, les capturer, les presser si fort qu'elles redeviendront liquides. Voilà une essence que je me dois de rajouter à la mienne, généreusement, si j'espère rendre le mélange doux, léger et frais.

Je veux me verser sans fin ce vert précieux et si doux. Saveur délicieuse d'un respect sans faille. Je me plais à la goûter encore, et encore, jusqu'à être ivre de joie. J'y plonge mes yeux, et par eux, mon âme entière, sans aucune crainte ; je pourrais bien avoir peur du vide, ça n'est pas là que j'en trouverais.

J'aime l'accord parfait de cette voix cristalline, et ce chant libérateur. Les mots courageux qu'il porte ont délié ma langue et mon corps, relancé cette ascension que je trouvais insurmontable. C'est une vague qui roule et heurte mes eaux sans s'y briser, elle s'y mélange dans une volonté mutuelle de s'étendre, et nous traçons tout droit vers des paysages plus grand et plus doux.

Côte à côte, nous dessinons des aubes plus roses, nous tissons des couchants plus roux, sculptons des ciels plus bleus. Nos rires s'écoulent dans une cascade géante et sans doute inépuisable. Au fond de ma bouteille j'ai stocké nos souvenirs, provisions indispensables à mon voyage. Ainsi tu m'accompagnes à chaque heure, précieux porte bonheur.

Je ne souhaite rien de plus que continuer notre route dans le creux du lit de cette douce rivière. Je t'aime.

Publié dans Portraits liquides

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